Space is only noise…

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« Space is only noise if you can see… » Une voix fantomatique vient de prendre possession des enceintes. Au milieu d’un living fraîchement repeint par un proprio qui désespère de séduire de nouveaux occupants, pas moins d’une trentaine d’invités se bousculent sur ce qu’on oserait à demi-mot appeler un dancefloor. On s’interrogerait presque sur leurs motivations respectives à se rendre à une soirée où le disk jokey est lui-même aux abonnés absents. Mais dans cet ancien entrepôt bruxellois transformé en maison communautaire, les dix-sept occupants ont développé le sens du compromis, y compris en musique. Alors pour prévenir toute dissension, chacun s’improvise à tour de rôle disc jokey sur Youtube en usant de sa « voix » démocratique.

« Echo… echo… echo… » C’est maintenant le living entier qui s’enveloppe d’une atmosphère spectrale. Tout laisse présager qu’un track underground va monopoliser l’espace. Pas le temps de se retourner sur le DJ de passage qu’il s’est déjà évanoui dans la foule, nous laissant seuls avec cet ovni sonore.

« Have you always cross like this… » Une créature blonde platine s’avance vers moi. C’est l’une de ces triplées hollandaises, comptant parmi les invitées les plus incontournables de la soirée. Délaissant  ses deux frangines, elle a compris qu’on était quelques rares à oser embarquer dans ce vaisseau en partance pour les confins de l’espace intersidéral. Comme moi, elle sent qu’une envolée est proche et je crois qu’elle veut qu’on fasse un bout de chemin ensemble.

« Have you been this way all the time or were you always trying to get you… WITH ME… WITH ME… » Une basse monophonique vient d’expédier ses ondes hypnotiques au milieu d’un dancefloor où seuls les plus intrépides ont accepté de se risquer à l’aventure. L’engin vient tout juste de décoller que le voilà déjà qui entame son étrange ballet au milieu des étoiles, emportant avec lui deux petites âmes dans son sillon.

Une fois accoutumés à l’absence de gravité, les deux êtres entament leur parade nuptiale interstellaire. L’inflexion de leurs membres dans l’espace s’apparente à celle de galaxies spirales dont les bras, brillants dans l’insondable noirceur de l’univers, semblent s’étendre à l’infini. A seulement quelques centimètres l’un de l’autre, la collision des mondes paraît maintenant inévitable. C’est plus qu’une certitude : dans les prochaines millisecondes, ces deux-là vont s’absorber.

Noir complet. Arrêt brutal de la musique suivi de hurlements. Puis cette voix qui précise à l’adresse des invités  : « désolé, les plombs ont encore sauté. » Un temps d’arrêt avant de poursuivre : « Newton, tu peux descendre à la cave ? » Et de me rappeler en un instant, derrière la féérie de ces rares moments, les aspects parfois si médiocres de la vie en coloc.

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